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Une boussole qui indique tout sauf le nord

vendredi 12 décembre 2025

Le 3 décembre, nous avons eu connaissance de déclarations de la présidente de SU à un séminaire sur la « recherche partenariale » organisé entre autres par l’ANRT et le MEDEF, diffusé sur le site News Tank, média destiné à l’information des « décideurs ».

Source : News Tank Éducation & Recherche Paris - Actualité n°421806 - Publié le 03/12/2025 à 10:45

La présidente de SU, qui se définit elle-même [1] comme une « boussole, capable de donner un cap et du sens à l’action commune, en portant une vision, des projets et une vision stratégique pour faire avancer le collectif ! », affirme les points suivant à l’attention des patrons entrepreneurs :

les universités, comme elles sont aujourd’hui, sont peu connues

Personne ne connaît vraiment ce qu’elles sont devenues depuis 15 ans. Elles ont énormément changé : les investissements d’avenir, la création des initiatives d’excellence, des I-Sites ont profondément transformé les établissements, désormais alignés sur les standards internationaux et capables d’accompagner la recherche, l’innovation, le transfert technologique et le transfert de connaissances.

Souvent, lorsque l’on parle des universités, on les réduit à des lieux où l’on forme des étudiants en masse. C’était vrai dans les années 1990 et encore au début des années 2000, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Leurs modèles économiques ne sont plus ceux d’il y a 15 ans. Les universités se sont transformées : elles font de la recherche, de la recherche partenariale, du transfert, de l’innovation ; elles accompagnent la création de start-up, développent des filiales privées, investissent dans des start-up, créent des fonds d’investissement, disposent de fondations.

On n’est pas loin d’une structuration et d’un fonctionnement identique à un certain nombre de vos institutions privées.

Nous supposons que N. Drach-Temam parle ici aussi en tant que présidente de l’Udice, association d’universités riches et élitistes (les happy few), mais nous souhaitons revenir sur ces propos choquants aussi du point de vue de la situation à SU, dont elle est la première responsable.

Ces déclarations sont l’antithèse de notre vision de l’université et de ses missions fondamentales, que nous donnions en quelque ligne dans notre communiqué du 14 novembre publié sur notre site mais que nous n’avons pu diffuser pour cause de censure de la DAJI : production, diffusion et échange de savoir, formation des étudiants à la capacité autonome d’enrichir leurs connaissances et de développer leur esprit critique) mises à mal par toutes les réformes consécutives (Bologne, LMD, LRU etc...). Nous en profitions pour dresser quelques « lignes rouges » à l’adresse des liste candidates aux élections des conseils centraux.
Lors du dernier CSA (comité social d’administration) de SU, le 5 décembre, nous avons dénoncé le mépris affiché de la présidente pour cette instance certes consultative mais seule à traiter des conditions de travail de nos collègues. En effet, le CSA n’avait pas été réuni depuis près de 6 mois (ce qui n’était jamais arrivé à SU, et probablement pas non plus à Paris 4 ou Paris 6 !). Nous avons également dénoncé en séance le fait que la présidente ait verrouillé tout débat sur la révision des effectifs 2026 avant les élections.

Pour répondre aux déclarations de la présidente de SU, disons tout d’abord que les patrons connaissent bien la dérive néo-libérale délétère de l’ESR car ils la souhaitent et la soutiennent (voir par exemple les propositions du MEDEF pour l’Enseignement Supérieur en 2016).

Ensuite, les universités n’ont ni la vocation ni les compétences pour gérer des supports aux entreprises privées (start-ups, filiales privées), encore moins investir de l’argent public dans de telles entreprises. Rappelons que ceux qui sont aux commandes des universités (président(e)s et VP) sont des enseignants/chercheurs qui - sauf exception - ne sont pas formés à la gestion d’une entreprise. Le « modèle économique » d’une université est de gérer ses fonds pour améliorer les conditions de travail et d’études de ceux qui la font : enseignants, chercheurs, étudiants et tous ceux qui œuvrent comme support de ces premiers. Ainsi, il est particulièrement choquant de voir la taille des files d’attente pour le restaurant du Crous (la restauration rapide aux alentours du campus Jussieu a atteint des prix prohibitifs depuis le Covid) et que les étudiant-es n’ont pas d’autres locaux que le sol des rotondes pour déjeuner lorsqu’on sait que SU a dépensé plus de 50 millions d’euros d’argent public pour la Cité de l’Innovation dont l’utilité pour les missions fondamentales reste à prouver et le modèle économique est pour le moins hasardeux.

Enfin, puisqu’il s’agit de partenariat, est-ce le rôle d’une université d’aider aussi directement au développement des entreprises qui fabriquent des armes (les armes tuent des personnes, à Gaza ou ailleurs, quoiqu’on en dise) ? Est-ce le rôle de SU de cohabiliter et cogérer des formations à SUAD, université pour les élites d’un pays dictatorial qui arme, entre autres, les milices meurtrières au Soudan ?

Est-ce cela le futur de SU ? SU va-t-il être bientôt côté en bourse pour mieux financer ses activités entrepreneuriales si loin des missions de l’Université ? Notre présidente va-t-elle prendre officiellement le titre de PDG (ou CEO pour faire plus fashion) de SU ?