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Les élections terminées, la lutte reprend !

mercredi 26 novembre 2025

Bigre, nous nous souviendrons de ces élections ! Nous n’avions jamais vécu de campagne électorale aussi mouvementée, entre alliances, coups bas et fake news.

Commençons par quelques éléments d’analyse chiffrée des résultats des élections de la semaine dernière, comparés aux résultats de 2021 :

  • Réunis gagne deux sièges au conseil d’administration (CA), alors que leurs candidats obtiennent globalement moins de voix qu’en 2021 (malgré une participation en hausse) : cela s’explique par une progression parmi les ITA/BIATSS (un siège supplémentaire avec 30% de voix en 2025 contre 22% en 2021) et par un effet d’éparpillement des voix entre un nombre plus important de listes concurrentes (qui explique le siège supplémentaire dans le collège A malgré un score en légère baisse, 52% vs 57%). A la commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) et à la commission de la recherche (CR), Réunis atteint des scores similaires à ceux de 2021.
  • Réunis obtient ainsi 13 sièges sur 28 au CA : rappelons que 4 de ces sièges sont illégitimes car ils ne correspondent pas à des votes exprimés ! Ces 4 sièges sont un bonus offert par la loi Fioraso à la liste arrivée en tête dans chaque collège d’enseignants-chercheurs (2 dans le collège A, 2 dans le collège B).
  • Toutes les listes syndicales sont en recul, au profit de la liste Sorbonne Autrement. La CFDT subit un recul particulièrement cuisant : il faut croire que son projet de « faire de Sorbonne Université un acteur de référence dans l’usage éducatif de l’IA » n’a pas emballé les collègues...
  • Comme toujours, la faculté de santé (FS) se distingue par son verrouillage électoral. Réunis est la seule liste à avoir réussi à présenter des candidats issus de la FS dans tous les collèges, et y atteint sans surprise des résultats dignes de la Corée du Nord. Nous n’avons pas le détail pour le CA mais nous l’avons pour la CFVU et la CR : Réunis obtient respectivement 100 % et 89 % dans les collèges A et B de la FS à la CFVU ; 87 %, 75 % et 70 % dans les collèges A, B et C de la FS à la CR.
  • Dans les collèges étudiants, la Cocarde (extrême-droite) obtient hélas un siège en CFVU. On se console comme on peut avec la disparition de l’UNI qui n’a pas candidaté (pour mémoire, l’UNI avait un siège au CA et deux sièges à la CFVU).
  • Le syndicat étudiant clientéliste AGEP (Bouge Ta Fac) recule au profit du nouveau syndicat SUSIE et du Poing Levé.

Réunis se distingue avant tout par sa campagne menée tambour battant, à grands coups de fake news risibles et de vidéos fabriquées par des communiquants spécialisés dans les campagnes de députés du centre et de la droite (https://www.deuxquatre.fr/).

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Réunis n’a pas compté sur son bilan ni sur ses projets pour faire campagne. La preuve en est que, malgré les protestations répétées des élu-es des conseils et des syndicats, la présidente a refusé de présenter devant les instances le Rapport Social Unique 2024 de l’université ainsi que la politique de l’emploi 2026. Mais le lendemain-même des élections, les instances ont été informées de leur présentation imminente. Pour la transparence, on repassera.

Toute la campagne de Réunis n’a été faite que de com’ éclaboussant tout sur son passage. Pour rappel, notre section syndicale SUD éducation / SUD Recherche / IDÉES-ESR n’a pas souhaité participer à ces élections, pour nous concentrer sur nos activités purement syndicales. Et pourtant, nous avons subi une campagne de calomnie intense de la part de Réunis, qui ose tout sur son site de campagne :

« S’ils [SUD] ont quitté l’intersyndicale qu’ils formaient avec la CGT et le SNESUP, qui pourtant, et en toute légitimité, présente des listes pour défendre ses idées et les soumettre ouvertement au débat démocratique, ce n’est pas pour voter pour eux. Mais bien pour… Sorbonne Autrement. »

« la liste Sorbonne Autrement prévoit-elle d’avoir à nouveau recours à cette alliance [avec l’UNI] au second tour auquel elle espère participer pour les élections de 2025 ? Vue sa pratique généralisée du double discours, l’appui sur le site ordurier et anonyme Courant Alternatif et les liens cachés avec le syndicat SUD, le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas exclu. »

L’accusation farfelue d’entrisme dans la liste Sorbonne Autrement est une fake news qui nous a bien fait rire. L’évocation suggérée de liens avec l’UNI, en revanche, nous a laissé-es perplexes : Réunis essaierait donc de faire croire qu’il y aurait un réseau caché allant de l’extrême-gauche (nous) à l’extrême-droite (l’UNI) en passant par leurs propres transfuges (Sorbonne Autrement) qui comploterait pour lui faire échec ?

Qui croira un tel ramassis de ragots invraisemblables ? Personne, mais pour Réunis, peu importe : à coups de fake news plus grosses les une que les autres, on déboussole tout le monde et on apparaît comme le dernier rempart contre « les extrêmes ». C’est beau comme du Trump. Au moins n’avons-nous pas été accusé-es de manger les animaux de compagnie !

Cette accusation confusionniste de collusion avec l’UNI est d’autant plus insultante qu’elle vise implicitement des militant-es de syndicats impliqués dans la lutte contre les idées d’extrême-droite et leurs risques et par ailleurs directement visés par des attaques informationnelles voire physiques et violentes venant de ces groupes.

Au passage, Réunis se place en arbitre de la légitimité des listes pour représenter les collègues, et affirme sans aucune preuve que l’intersyndicale CGT-FSU-SUD n’existerait plus. Ce faisant, Réunis prouve son incompréhension totale de la démarche syndicale, qui a lieu avant tout sur le terrain et non dans les instances politiques. Ce constat est d’autant plus désolant que Réunis s’est doté de xson propre syndicat patronal (homonyme), qui en plus de 6 ans d’existence n’a brillé ni par son action sur le terrain ni par ses initiatives intersyndicales (voir notre tract de 2018 sur la création du syndicat Réunis).

Nous l’affirmons encore sans détour : d’une part, notre section SUD-IDÉES sera toujours prête à mener toutes les luttes et à susciter le débat partout où cela sera possible, en intersyndicale de préférence comme nous l’avons toujours fait, et d’autre part, nous répétons le constat que le CA n’est plus un espace de débat démocratique.

Réunis mélange action syndicale et opposition politique dans un gloubi-boulga indigeste.

Une autre fake news démontre l’absence totale de culture politique et syndicale de Réunis, qui a osé publier cette phrase parfaitement puérile et complotiste sur son site :

« la présence d’une stratège éminente du syndicat SUD dans les listes Sorbonne Autrement (placée haut dans la liste du collège A au Conseil d’Administration), combinée à cet incompréhensible renoncement à afficher ouvertement le combat syndical qui l’anime au quotidien, indique clairement une collusion entre appareils et une stratégie de dissimulation. »


Quiconque défendrait un discours politique d’opposition serait donc nécessairement affilié à notre section syndicale ? Avouons-le, nous avons été un tantinet flatté-es. Mais il n’en est rien, et c’est tant mieux !

Au passage, Réunis s’assied tranquillement sur les plus élémentaires libertés syndicales (car l’appartenance syndicale d’une personne n’a pas à être débattue publiquement).

Une (ré)élection présidentielle sans suspense et sans saveur ? (merci Fioraso !)

Le CA comportant 36 membres (avec les 8 personnalités extérieures, que nous ne connaissons pas encore), il faut au moins 19 voix pour être élu. L’élection aura lieu en décembre, après la désignation des personnalités extérieures, qui elle-même s’effectue en deux temps : avec des nommées (3) et des élues (5).

Les 13 sièges obtenus par Réunis la semaine dernière ne suffiront pas pour réélire Mme Drach-Temam. Mais quelle candidature chacune des 8 personnalités extérieures soutiendra-t-elle ? Les 3 représentant-es nommé-e-s respectivement par le CNRS, la ville de Paris et la région se rangeront-il-elle-s comme à leur habitude derrière la candidate qui ne fera pas de vague ? L’influence de ces 3 personnalités extérieures nommées est décisive puisqu’elles participent à la désignation des 5 autres personnalités extérieures, dans le cadre d’une séance du CA réunissant 31 votants, les 28 élus et elles-eux, où il suffit de 16 voix pour emporter la majorité absolue. La loi Fioraso a été rédigée pour permettre que la balance s’alourdisse progressivement dans le sens de la liste arrivée en tête au CA. Ainsi, pour mémoire, en 2021, Mme Drach-Temam avait été élue avec 24 voix sur 35 quand les listes Réunis totalisaient 11 élus. Et cette fois ? Quelle sera la candidate préférée des personnalités extérieures pour présider SU ? Le suspense existe-t-il vraiment ?

La future présidente sera-t-elle capable de faire preuve de courage politique face à un ordre inique du ministère ?

Nous avons récemment pris connaissance d’un courrier du 18 novembre demandant aux président-es d’université de collaborer à un fichage politique des universitaires et des étudiant-es, en diffusant une « enquête nationale sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur et la recherche ». Cette enquête pose des problèmes de protection des données personnelles, de respect de la liberté d’opinion, et de rigueur scientifique (voir le courrier de la LDH auquel se sont associés de nombreux syndicats).

Allez, c’est promis : si la présidente renonce à diffuser cette enquête comme nous le lui demandons, nous lui accorderons le titre honorifique de Stratège Suprême de SUD.

En attendant, nous vous proposons de signer cette pétition : https://www.ldh-france.org/le-projet-denquete-nationale-sur-lantisemitisme-dans-lenseignement-superieur-et-la-recherche-doit-etre-revu/

Nous resterons attentifs aux futures fake news de Réunis, que nous « débunkerons » sans relâche, et surtout, nous vous donnons rendez-vous dans toutes les luttes sociales, à l’université comme ailleurs.