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Des universitaires suspendus ou insultés publiquement : le débat démocratique est en danger !

jeudi 5 décembre 2024

ERRATUM : Contrairement à ce que nous avons écrit dans notre communiqué, Nedjib Sidi Moussa n’est pas enseignant dans l’Académie de Créteil, mais dans une autre académie de la région parisienne. Depuis 2022, il a cessé d’effectuer des vacations à l’université.

Depuis plusieurs années, le pouvoir politique cible violemment les universitaires dont les travaux ou les propos publics ne lui conviennent pas. De leur côté, les médias privés sous le contrôle d’une poignée de milliardaires orchestrent des campagnes de dénigrement, tandis que les médias publics se font souvent les relais des positions du pouvoir exécutif. Nous exprimons notre solidarité avec les collègues concernés, et détaillons ci-après quelques exemples récents.

  • Benoit Huou, enseignant contractuel à la Toulouse School of Economics, a été suspendu à titre conservatoire pour avoir ouvert une discussion sur la destruction de Gaza pendant son cours. Cette décision fait suite à la diffusion sur les réseaux soi-disant sociaux d’un enregistrement vidéo du cours, à l’appui d’une campagne de dénigrement réclamant des sanctions à son encontre. Elle est à mettre en relation avec les récentes procédures prises contre d’autres universitaires s’étant exprimé sur la Palestine, par exemple Véronique Bontemps, François Burgat ou Sophie Pommier : voir ce communiqué.
  • Mathias Chauchat, professeur de droit public à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, a été suspendu suite à la diffusion d’un tweet critiquant le caractère disproportionné de la répression contre les jeunes Kanaks. Cet universitaire est pourtant reconnu internationalement pour ses travaux sur le processus de décolonisation, et intervient comme expert auprès de l’ONU et des institutions calédoniennes.
  • Nedjib Sidi Moussa, enseignant contractuel en histoire-géographie dans l’Académie de Créteil et enseignant vacataire en sciences politiques à l’université, a été la cible d’une virulente campagne d’insultes, de menaces et de dénigrement racistes, initiée sur les réseaux soi-disant sociaux, et relayée par des journalistes du Point, du Figaro, de Libération et de Marianne. Cela fait suite à son intervention lors d’une émission télévisée du service public, où il apportait des éléments de contexte sur l’arrestation arbitraire de l’écrivain Boualem Sansal par l’État algérien.

La liberté d’expression est un droit démocratique fondamental, garanti statutairement pour les universitaires dans le cadre de leurs activités d’enseignement et de recherche. L’université ne peut jouer son rôle de développement et diffusion des savoirs si ses agents sont soumis à un contrôle du pouvoir politique et économique qui les sanctionne dès qu’ils soulèvent les contradictions de ces pouvoirs. Ainsi, nous nous associons aux soutiens exprimés ici :

Kanaky, Palestine : les universités françaises censurent les libertés académiques et la liberté d’expression

Suspension du Pr. Chauchat à l’Université de la Nouvelle-Calédonie : une atteinte gravement attentatoire à la liberté académique

En Nouvelle-Calédonie, des pressions politiques inacceptables

Tribune de Soutien à Nedjib Sidi Moussa

En solidarité avec Nedjib Sidi Moussa

Sorbonne Université n’est pas en reste. Depuis plusieurs mois, des collègues nous signalent que des directions d’UFR et/ou des collègues chargés de coordonner les enseignements se permettent d’exercer des pressions et intimidations à l’encontre des enseignants, dès lors que ceux-ci évoquent dans leur cours des éléments de situation politique nationale ou internationale. Aussi, nous souhaitons rappeler que :

  • Ces pressions et intimidations sont inacceptables et contraires au statut des enseignants-chercheurs, qui garantit les principes de liberté d’opinion et de liberté académique.
  • Tout agent public (titulaire, contractuel ou vacataire) visé par des insultes, menaces ou violences du fait de ses fonctions a le droit de bénéficier de la protection fonctionnelle : voir cette page d’information institutionnelle.
  • Si vous êtes concerné, n’hésitez pas à contacter la section syndicale SUD-IDÉES.